Il y a dans le titre quelque chose d'immédiatement éloquent : encore une fois, cette locution qui trahit la répétition, le ressassement, peut-être l'épuisement. Avec la participation de Yami, Orelsan livre un morceau qui tourne autour d'une boucle — celle d'une relation qui revient, qui repart, qui recommence sans vraiment se transformer. Ce texte revient sur ce que dit la chanson : la cyclicité des émotions, la tension entre attachement et lucidité, et l'image du temps qui passe sans que rien ne se règle vraiment.

Une relation prise dans ses propres ornières

Le cœur du morceau, c'est ce mouvement de répétition que le titre annonce sans détour. On revient vers quelqu'un ou vers quelque chose que l'on connaît pourtant par cœur, y compris ses défauts. Ce "encore une fois" n'est pas de la nostalgie douce — c'est une sorte de constat amer, presque fatigué, posé à plat. Orelsan n'est pas le type à dramatiser avec des envolées lyriques ; il préfère l'énoncé sec, la phrase qui tombe comme un fait divers.

Ce qui rend ce schéma particulièrement intéressant, c'est qu'il ne pointe pas de coupable. La relation tourne en rond, soit. Mais personne n'est présenté comme le moteur de cette répétition. Les deux protagonistes semblent également pris dedans, également responsables, également incapables de sortir du cycle. C'est moins une rupture qu'un plateau — on ne monte plus, on ne descend plus vraiment, on tourne.

La lucidité comme armure et comme poison

Ce qui caractérise souvent l'écriture d'Orelsan, c'est cette posture de l'observateur de lui-même. Il se regarde agir, il nomme ce qu'il fait, mais il le fait quand même. La conscience ne suffit pas à changer le comportement — c'est presque la ligne directrice de nombreux de ses textes, et ce morceau ne fait pas exception. Savoir qu'on recommence ne protège pas de recommencer.

Yami apporte une autre couche à cette dynamique. Sa présence vocale, son timbre, modifie l'angle d'attaque : là où Orelsan peut avoir tendance à intellectualiser, la collaboration introduit une sensibilité différente, presque plus directe dans l'expression du vécu émotionnel. Ce dialogue entre deux voix représente en creux deux façons de traverser la même situation : l'une par la mise à distance, l'autre par l'immersion. Aucune des deux n'est plus juste — elles coexistent, parfois sans se rejoindre vraiment.

Cette lucidité qui n'empêche rien est peut-être la dimension la plus honnête du morceau. Il n'y a pas de résolution, pas de leçon apprise. C'est inconfortable, mais c'est précisément ce qui sonne vrai.

Le temps qui tourne sur lui-même

L'image du recommencement déborde la simple relation amoureuse ou affective. Elle touche à quelque chose de plus large : la manière dont le temps est vécu non pas comme une ligne droite mais comme une spirale. On revient aux mêmes endroits, aux mêmes disputes, aux mêmes réconciliations — et pourtant on n'est pas exactement au même point. On a juste un peu plus de fatigue dans les yeux.

Ce rapport au temps, cyclique plutôt que progressif, traverse tout le morceau. Il y a une mélancolie là-dedans qui n'est pas de la tristesse pure — c'est quelque chose de plus ambigu, comme regarder une vieille photo en sachant ce qui s'est passé après. Le son lui-même contribue à cette sensation : une production qui tourne, qui revient sur ses propres motifs, qui ne cherche pas à s'emballer. Tout est tenu, contenu, légèrement suspendu.

Ce n'est pas un morceau qui cherche à en mettre plein la vue. Il préfère installer une atmosphère, laisser les mots et la musique faire leur travail en sourdine. Et c'est dans cet espace discret que quelque chose finit par résonner — pas en grand, pas en spectacle, mais de façon durable.

Ce que dit finalement ce morceau dépasse la situation qu'il décrit. Le cycle qu'il met en scène, la lucidité qui n'empêche rien, le temps qui revient sur lui-même : tout ça dessine une façon très particulière de vivre les émotions, ni naïve ni totalement désabusée. Il y a là-dedans une honnêteté inconfortable, celle de quelqu'un qui ne cherche pas à se raconter des histoires — mais qui recommence quand même.