Il y a des titres qui fonctionnent comme une déclaration d'intention. Prequel, de SCH, en fait partie. Le mot lui-même — emprunté au lexique cinématographique — signale quelque chose d'antérieur, une histoire qui précède l'histoire connue. Pour un artiste marseillais dont la réputation s'est construite lentement, par accumulation de projets et de prises de position fortes, ce choix n'est pas anodin : il dit que tout ce qui a été entendu avant n'était peut-être qu'un prologue.

L'artiste à cette période

SCH appartient à cette génération de rappeurs français qui ont refusé de se plier aux formats imposés par l'industrie. Marseillais jusqu'au bout des textes, il a construit son identité artistique en dehors des grands circuits parisiens, avec une cohérence narrative rare dans le rap hexagonal. Si Prequel s'inscrit dans la continuité de sa discographie — des projets sombres, cinématographiques, souvent conceptuels —, il témoignerait d'un artiste en pleine maîtrise de son propre mythe. À ce stade de sa carrière, SCH ne cherche plus à se faire accepter. Il pose ses conditions.

On peut supposer, sans trop s'avancer, que ce titre intervient à un moment de bascule : celui où un artiste commence à regarder son propre parcours avec du recul, à réécrire sa propre genèse. C'est un geste autobiographique autant qu'artistique. La volonté de reconstituer les origines, de donner un sens rétroactif à un chemin, est une posture qui traverse régulièrement l'œuvre de SCH.

La scène musicale du moment

Le rap français des années 2020 vit une période de saturation et de recomposition simultanées. D'un côté, une nouvelle vague ultra-connectée, tournée vers les sons trap américains et les cycles courts de l'attention numérique. De l'autre, quelques artistes qui résistent à cette logique de flux et continuent de défendre des projets denses, pensés sur la durée. SCH appartient clairement au second camp. Dans cet environnement, Prequel sonne comme un contre-pied assumé : là où beaucoup misent sur l'immédiateté, il convoque la profondeur.

Ses voisins artistiques ne sont pas forcément ceux qu'on attend. Plutôt que de le ranger dans une école locale, il faut le situer dans une frange du rap français — avec Nekfeu, Kery James ou encore Damso côté belge — qui traite le genre comme une littérature. Des rappeurs pour qui la forme compte autant que la posture, et qui n'hésitent pas à ralentir le tempo pour laisser les mots respirer. Dans ce paysage, un titre comme Prequel trouve naturellement sa place : exigeant, fermé aux compromis.

Ce que la chanson dit de son temps

Revenir sur ses origines est un geste politique autant qu'intime. Le retour aux sources, dans le rap contemporain, n'est jamais innocent : il répond souvent à une pression extérieure, à un sentiment que le présent ne suffit plus à se définir. En se projetant dans un avant — un avant la notoriété, avant les attentes, avant les étiquettes — SCH touche quelque chose que beaucoup ressentent sans le nommer. L'idée qu'on ne comprend vraiment qui on est qu'en retrouvant ce qu'on était avant de devenir quelqu'un.

Il y a aussi, dans ce registre préquelle, une manière de reprendre la main sur son propre récit. À l'époque où les réseaux sociaux exposent les artistes à une lecture permanente et souvent réductrice, réécrire son histoire depuis le début est une forme de résistance. SCH ne laisse pas les autres raconter d'où il vient. Il s'en charge lui-même, avec les mots qu'il a choisis, dans l'ordre qui lui convient. C'est une souveraineté narrative que peu d'artistes savent exercer avec cette assurance.

Le titre dit enfin quelque chose de l'époque dans son rapport au temps. Nous vivons dans une culture qui valorise l'instant, le maintenant, le dernier drop. Remonter dans le temps — même un temps fictif ou reconstruit — c'est refuser cette dictature du présent. Prequel fonctionne comme une archive vivante : elle ne célèbre pas ce qui a été accompli, elle explique pourquoi ça devait l'être. C'est une logique de destin plus que de bilan, et cette nuance dit beaucoup sur la façon dont SCH conçoit sa propre trajectoire.

Au fond, Prequel ne se referme pas sur elle-même. En posant l'idée d'un avant, elle implique forcément un après. Elle ouvre une question que l'artiste laisse volontairement sans réponse : si tout cela n'était qu'un prologue, qu'est-ce que la vraie histoire ressemblera ?